Déposée par Karine Lebon
En discussion depuis le 31 mars 2025
Question abordée
Comment l'État français peut-il réparer concrètement les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais arrachés à leur île et transplantés en France hexagonale entre 1962 et 1984 ?
Présentation du texte
Entre 1962 et 1984, dans le cadre d'une politique d'État pilotée par le BUMIDOM, plus de deux mille enfants réunionnais — orphelins ou placés à l'Aide sociale à l'enfance — ont été transférés vers des départements ruraux de métropole souffrant d'exode rural. Le plus jeune avait trois ans. Séparés de leurs fratries, dépaysés à plus de 9 000 kilomètres de chez eux, ces enfants ont connu des conditions d'accueil souvent indignes, allant de carences affectives jusqu'à des violences physiques et sexuelles. C'est la Creuse, département ayant reçu la plus grande proportion d'enfants en 1966, qui a donné son nom populaire à ce groupe : les « Enfants de la Creuse ». Depuis 2014, plusieurs gestes symboliques ont eu lieu : une résolution mémorielle adoptée à l'Assemblée nationale, une lettre du président Macron reconnaissant une « faute » de l'État, et une plaque commémorative inaugurée à l'aéroport d'Orly en 2022. Mais aucune réparation juridique ou financière systématique n'avait encore été instaurée. En janvier 2024, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a explicitement demandé à la France de reconnaître ces souffrances, de présenter des excuses officielles et d'indemniser les victimes. Cette proposition de loi, portée par une large coalition transpartisane de plus de cent députés et promulguée, vise à franchir ce cap. Elle s'inspire de modèles étrangers — notamment la loi fédérale suisse de 2016 ayant indemnisé 12 000 enfants placés, et le processus canadien de réconciliation avec les peuples autochtones victimes des pensionnats — pour bâtir un cadre national de réparation. Le texte repose sur quatre piliers : une commission officielle de reconnaissance chargée de piloter le processus de réconciliation, une journée nationale de commémoration, un lieu de mémoire et de ressources dans la Creuse, et une allocation financière de réparation pour les victimes ou leurs descendants.
Crée une commission de reconnaissance des ex-mineurs réunionnais transplantés, chargée de piloter la réconciliation, contrôler l'application des recommandations historiques et veiller à l'intégration de cet épisode dans les programmes scolaires et de recherche, pour un mandat de cinq ans avec vingt-cinq membres dont au moins six survivants.
Institue une journée nationale d'hommage aux « Enfants dits de la Creuse » et aux autres enfants victimes de maltraitance dans l'ASE, fixée chaque année au 18 février, sans caractère férié ni chômé.
Voir les positionsCrée dans le département de la Creuse un établissement public administratif autonome dénommé « Maison de l'accueil et de la protection de l'enfance », chargé d'accueillir les archives, d'accompagner les victimes, de mener des actions culturelles et de coordonner des programmes de recherche universitaire.
Voir les positionsDéfinit les conditions d'attribution d'une allocation forfaitaire valant réparation pour les ex-mineurs transplantés ou leurs descendants, exonérée d'impôt et de cotisations sociales, gérée via un fonds de solidarité dont les modalités sont fixées par décret.
Voir les positionsPrévoit les mécanismes de compensation financière des charges induites pour l'État, les collectivités et les organismes de sécurité sociale, par le biais de taxes additionnelles sur les tabacs et d'une majoration de la dotation globale de fonctionnement.
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